D’Alexandrie au Web : même combat ?

Quand Ptolémée II d’Egypte a entrepris de faire stocker un exemplaire de chaque écrit, la Grande Bibliothèque d’Alexandrie représentait la somme de tout le savoir du monde.

­— Mayer-Schönberger et Cukier, Big Data.

Hormis quelques scribes orgueilleux, existait-il un Egyptien affirmant se représenter ce que « tout le savoir du monde » signifiait ? Aujourd’hui, la Grande Bibliothèque a fait place au tentaculaire Web. Autre époque, même vertige : un déluge au format numérique s’est abattu sur l’humanité. Si on partageait l’information actuellement stockée entre tous les habitants du monde, chacun serait noyé sous plus de 320 fois la Bibliothèque d’Alexandrie. Chaque semaine, l’humanité produit et stocke davantage d’informations que l’ensemble des mots prononcés depuis le début de l’humanité [1]. Les unités de mesure correspondantes se nomment exaoctet ou zettaoctet.

A l’image d’un homme antique désorienté face aux centaines de milliers de rouleaux de papyrus de la Grande Bibliothèque [2], l’homme moderne fait une mine déconfite en essayant de se figurer le contenu du Web. Mais, et c’est là le point nodal, s’il n’était pas nécessaire à l’Egyptien antique de s’orienter dans une bibliothèque, il est nécessaire au citoyen de pouvoir :

Naviguer, rechercher et filtrer des informations.

1200 exaoctets

Pour développer cette compétence (la première de notre dispositif), il est utile de s’entrainer à utiliser des moteurs de recherche, de développer des stratégies complexes de recherche ou d’utiliser des flux afin de réaliser des veilles informationnelles. Il est utile de s’arrêter quelques instants et d’envisager à quoi un zettaoctet peut bien correspondre. Un zettaoctet, c’est mille exaoctets. En 2013, environ 1200 exaoctets étaient stockées dans le monde. « Merci, mais encore ? »

1200 exaoctets d’informations, c’est cinq piles de CD ROM qui vont jusqu’à la lune ou 52 couches de livres sur le territoire des Etats-Unis [3]. Cette mémoire numérique, faite de 0 et de 1, a de quoi déconcerter.

En suscitant plaisir et curiosité, le projet digital skills vise à offrir, à chacun, des balises claires pour approcher le gigantisme de ce phénomène dans lequel nous sommes tous, malgré nous, plongés.   


Note :
[1] Siméon, 2012.
[2] Les chiffres de Ranjard (2003) proposent 700 à 900 000 rouleaux, soit l’équivalent de 100 à 125 000 livres.
[3] Mayer-Schönberger et Cukier (2013).


Références bibliographiques

  • Mayer-Schönberger, V., & Cukier, K. (2013). Big data: A revolution that will transform how we live, work, and think. Houghton Mifflin Harcourt.
  • Ranjard, S. (2003). Visite à la nouvelle Bibliotheca AlexandrinaDocumentaliste-Sciences de l’Information, vol. 40(6), 376-379.
  • Siméon, G. (2012, 3 décembre). Données le vertige. Libération. Consulté le 22 septembre 2020.

Collaborateur scientifique : ingénierie pédagogique, recherche et développement ambroise.baillifard@unidistance.ch
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